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Rio + 20 vu d’un autre angle

Vingt ans après le premier Sommet de la Terre, « Rio + 20 » n’a pas été à la hauteur de nos espoirs. La rencontre a déçu par le manque de progrès sur les objectifs d’un développement durable et mesurable. C’est une occasion manquée de mieux répondre aux besoins des plus pauvres sur lesquels les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) avaient attiré l’attention mondiale. La déclaration finale a certes reconnu la nécessité accrue d’atteindre ces OMD d’ici à 2015, mais sans engagement sur un calendrier ou sur des résultats à atteindre et sans extension de cette ambition.

C’est un énorme revers pour l’Afrique et d’autres régions en développement. Nous avons appelé à un accord sur une campagne internationale visant à combler le fossé entre les Objectifs du millénaire et l’état réel du continent africain. Ceci n’a pas été fait. Plus de deux cents millions d’habitants de la zone subsaharienne souffrent d’insécurité alimentaire.

L’Afrique est le continent le plus touché par le changement climatique. Dans ces circonstances, accroître les récoltes exige un engagement majeur des gouvernements, à l’intérieur comme à l’extérieur du continent, pour financer une révolution verte en Afrique.Il faut aussi une coopération internationale accrue dans la gestion de l’eau, essentielle en Afrique dont les fleuves traversent souvent plusieurs pays. Il est alors alarmant de voir que le Sommet de Rio a apparemment souligné de nouveau la souveraineté nationale sur cette question cruciale.

Nous n’avons pas vu, non plus, les mesures nécessaires pour renforcer les droits fonciers. Dans la dernière décennie, des spéculateurs ont acheté plus de 134 millions d’hectares de terres en Afrique : une zone plus grande que le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne réunies !Aucune de ces ambitions ne peut être atteinte si les pays riches utilisent l’excuse de la crise financière mondiale pour oublier leurs promesses.

La déclaration de Rio rappelle, à juste titre, les gouvernements à leurs engagements en matière d’aide au développement. Mais, plus de quarante ans après, seulement cinq pays développés ont atteint l’objectif d’y consacrer 0,7 % de leur richesse. Les pays riches dépensent quatre-vingts fois plus de subventions à leurs agriculteurs qu’ils ne le font en faveur de l’agriculture dans les pays pauvres.Nous comprenons que les budgets nationaux soient, partout, sous haute tension. C’est pourquoi il nous faut examiner de nouveaux mécanismes de financement comme les taxes sur le transport aérien international ou sur les carburants.

Nous sommes d’accord avec notre collègue, M. Kofi Annan, pour appeler à une taxe mondiale sur les transactions financières. Ce serait une méthode innovante pour mobiliser des financements face au changement climatique.Après Rio, l’action doit être plus forte que le pessimisme. Nous avons vu un soutien grandissant en faveur de stratégies de croissance verte pour éradiquer la pauvreté et défendre les droits de l’homme. Si les pays adoptent une comptabilité verte, comme suggéré par l’Onu et la Banque mondiale, une étape majeure vers le développement durable sera atteinte.Par-dessus tout, dans un monde plus interdépendant que jamais, seule une coopération multilatérale pourra corriger les inégalités persistantes, abolir la faim dans le monde et arrêter la destruction de l’environnement.

 

(*) Ancien directeur du FMI.
(**) Fondateur de la Grameen Bank et prix Nobel de la Paix.
Michel Camdessus (*) et Mohammad Yunus (**)

16 Juillet 2012_
http://www.ouest-france.fr

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