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Le développement durable doit être la priorité pour les Africains

(AfriqueCroissanceVerte) Entretien d’ Isabelle Lasserre avec Nicolas Hulot sur l’Afrique.
N. H. — Il faudrait d’abord et avant tout que les Africains évitent de reproduire les erreurs commises par l’Europe. Il est toujours plus coûteux de revoir un modèle énergétique que de le concevoir, comme il est souvent plus difficile de démanteler des infrastructures que d’en créer de nouvelles. L’Afrique doit investir en priorité dans les énergies renouvelables qui sont des réserves d’emploi pour l’avenir et qui permettront des investissements…

(AfriqueCroissanceVerte) Entretien d’ Isabelle Lasserre avec Nicolas Hulot

 

I. L. VOUS  ETES ENVOYÉ  SPÉCIAL  DU  PRÉSIDENT  DE  LA  RÉPUBLIQUE FRANCAISE POUR LA PROTECTION  DE LA PLANETE. QUELLES  SONT VOS PRINCIPALES  MISSIONS ?

N. H. — La première, c’est d’aider, à ma mesure, en complément à la diplomatie française, à créer les conditions optimales pour que la Conférence sur le climat qui se tiendra à Paris en 2015 et qui est pour moi l’un des rendez-vous internationaux les plus importants, débouche sur un succès. Depuis la rencontre de Copenhague,•1 qui n’a hélas pas donné les résultats attendus, la situation s’est dégradée. La trajectoire dessinée par le GIEC,•2 qui considérait qu’une augmentation moyenne de la température de deux degrés d’ici 2050 serait un maximum tolérable par l’humanité, n’a pas été respectée. Nous saurons prochainement sur quelle tendance nous sommes. Or, si l’on pense que l’humanité peut probablement s’adapter à une hausse de deux degrés, au-delà de ce chiffre, nous ferons la dangereuse expérience de l’inédit. Ces changements auront des conséquences économiques, sociales et politiques sur nos sociétés et nos démocraties. Voilà pourquoi il faut absolument, à Paris en 2015, relancer la dynamique collective et transformer le consensus qui existe vis-à-vis de la menace climatique — ce fut la seule bonne nouvelle de Copenhague — en mobilisation générale. Le temps n’est plus à établir les responsabilités des uns et des autres. Chacun doit désormais réfléchir à ce qu’il peut faire en fonction de son potentiel économique ou technologique. Aucun pays ne peut s’exonérer de cela. C’est ma mission principale.

Mais je dois également essayer de servir de « garde-fou » pour empêcher que la question climatique n’occulte les autres menaces environnementales, notamment la perte de la biodiversité, la destruction de l’écosystème et la raréfaction des ressources et des matières premières. Ces sujets seront des contraintes majeures au XXIe siècle : elles conditionneront notre modèle économique ainsi que les relations internationales. Au cours du siècle passé, il nous a été difficile de maintenir des relations apaisées entre les États alors que nous vivions en période d’abondance, grâce notamment aux énergies fossiles. Ce sera plus compliqué encore lorsque nous aurons basculé dans la pénurie. Nous sommes rentrés en rareté. Or, la rareté se gère éventuellement, mais non la pénurie, elle se subit.

Mon rôle est aussi d’écouter ceux qui pensent différemment, d’essayer de comprendre les arguments des uns et des autres et de sensibiliser les États et les opinions. Il est temps de mettre en avant ce qui fonctionne, d’identifier les bonnes pratiques existantes dans les domaines politiques, économiques, juridiques, pour tenter de les reproduire ailleurs. Chaque pays a ses talons d’Achille, ses paradoxes, ses succès. Un exemple ? La Chine est régulièrement pointée du doigt, à juste titre d’ailleurs, pour son bilan en matière d’environnement. Mais, elle est aussi le premier pays à avoir inscrit dans sa constitution l’objectif d’économie circulaire, un modèle économique visant à transformer de manière progressive tous les déchets en ressources.

La mission qui m’a été confiée est inédite parce qu’elle s’inscrit dans une situation inédite. C’est, en effet, la première fois dans l’histoire que l’humanité est confrontée à un enjeu planétaire, universel. Or, nos moyens institutionnels ne sont pas adaptés à ce type de défi. Le futur est rarement représenté dans nos démocraties. La France, en créant ce poste, a pris une initiative très moderne, car au- delà de nos différences, de nos histoires et de nos cultures, nous sommes tous confrontés aux mêmes problèmes. Or, cette évidence n’est pas encore partagée par tout le monde. À Copenhague, les pays se sont comportés comme ils le font d’ordinaire dans les réunions internationales. Chacun se positionnant en fonction de sa nation et de ses seuls intérêts. À un enjeu global, ils ont apporté une réflexion locale. Ils ont répondu par des postures archaïques à un défi nouveau.

I. L. LA FONDATION  NICOLAS  HULOT  POUR  LA  NATURE  ET  L’HOMME (FNH) QUE VOUS PRÉSIDEZ  A FAIT UNE SÉRIE DE PROPOSITIONS  CONCERNANT LA TRANSITION  ÉNERGÉTIQUE  EN FRANCE. L’AFRIQUE EST EN TRAIN DE CONCEVOIR SON AVENIR ÉNERGÉTIQUE. QUE POUVEZ-VOUS  PROPOSER AUX PAYS AFRICAINS ?

N. H. — Il faudrait d’abord et avant tout que les Africains évitent de reproduire les erreurs commises par l’Europe. Il est toujours plus coûteux de revoir un modèle énergétique que de le concevoir, comme il est souvent plus difficile de démanteler des infrastructures que d’en créer de nouvelles. L’Afrique doit investir en priorité dans les énergies renouvelables qui sont des réserves d’emploi pour l’avenir et qui permettront des investissements — c’est ainsi lorsque l’on devient son propre pays producteur — de rester dans le pays. C’est un nouveau paradigme à créer. L’Europe et l’Occident doivent aider les Africains à s’engager dans ce modèle plutôt que de les diriger vers le gaz et le pétrole et maintenir ainsi le continent dans un état de dépendance et d’insécurité.

Certains pays suivent déjà cette direction. Le Maroc, par exemple, a pris une décision audacieuse en investissant dans les éoliennes et le solaire. C’est un choix d’avenir, qui sera rentable pour ce pays. L’âge d’or du pétrole est derrière nous. Nous devons tourner le dos aux énergies fossiles.

I. L. — QUELLES  SONT  LES  LIMITES  DU  DÉVELOPPEMENT   DURABLE  EN AFRIQUE ? QUELS SONT SES PRINCIPAUX  OBSTACLES  ?

N. H. — Les limites, comme les obstacles, sont les mêmes qu’au Nord. Il n’est pas encore admis qu’un autre modèle économique puisse remplacer celui qui est basé sur une croissance exponentielle des flux de matière et d’énergie. Nous sommes fascinés par les facultés fournies par le gaz et le pétrole ; nous croyons en un modèle économique et énergétique unique. Il faut dire que les intérêts financiers de certains groupes contribuent à semer le doute et à convaincre qu’il n’y a pas d’autre choix possible. Certains lobbys gagnent à maintenir les verrous culturels, économiques, financiers et à poursuivre la mystification jusqu’au bout. Il faut s’affranchir de ces blocages qui ne sont pas l’apanage des seuls Africains. De nombreux responsables européens sont également convaincus qu’il n’est pas possible de sortir des énergies fossiles et qu’il ne peut y avoir de prospérité sans croissance. Beaucoup n’ont pas intégré la menace que fait peser le réchauffement climatique, notamment sur le continent africain, qui en subit directement les conséquences sans pourtant en être responsable.

I. L. QUELS SONT  LES IMPÉRATIFS  ÉCOLOGIQUES  DU NOUVEAU  MODELE ÉNERGÉTIQUE  ?

N. H. — Il faut d’abord, je le redis, tourner le dos aux énergies fossiles. Puis, lancer un immense plan d’efficacité énergétique. Nous sommes dans une extraordinaire civilisation du gâchis : nous pourrions diminuer par quatre nos consommations énergétiques, notamment dans les secteurs du bâtiment et du transport, mais aussi dans le domaine industriel. Jusque-là, nous n’avons pas payé le prix de l’énergie à sa juste valeur. Si on ajoutait, par exemple, les coûts des dépenses militaires faites par la communauté internationale pour sécuriser l’approvisionnement pétrolier, le prix du baril ne serait pas ce qu’il est, il serait inabordable pour beaucoup. Nous sommes face à une illusion d’optique, un modèle économique tronqué ne tenant pas compte de l’intégralité des coûts.

Il faut mobiliser tous les moyens pour réduire notre consommation à service égal. Encourager les nouvelles technologies plus sobres, durcir les normes d’efficacité énergétique, investir dans la recherche dans ce domaine, développer une fiscalité écologique incitative et dissuasive qui encourage les bonnes pratiques et dissuade les filières ou les comportements de gâchis. L’industrie automobile, notamment, doit se réinventer. Il faut utiliser de nouveaux matériaux, construire des bâtiments à énergie positive, produisant leur propre énergie. Il faut aussi investir dans un plan Marshall pour les énergies renouvelables et consacrer davantage de moyens à la recherche, celle notamment qui concerne les énergies marines, la géothermie et le stockage des énergies intermittentes comme le solaire. Nous recevons 8 000 fois par jour, sur la terre, notre besoin en énergie. Il suffirait d’en capter 1/8000e pour revenir à l’abondance énergétique.

Aux États-Unis, entre autres, deux grands penseurs et chercheurs, Jeremy Rifkin et Amaury Lovins, ont dessiné une vision à la fois réaliste et pertinente. Ils proposent une révolution du modèle énergétique de demain, qui soit accessible à toute la planète. Un modèle avec des plus petites unités de production, diversifiées, gérées par des réseaux intelligents où l’informatique optimise les prélèvements. À terme, chacun peut devenir son propre producteur d’énergie. Les véhicules, les bâtiments évidemment seront construits sur de tout autres critères. Il faudra également rapprocher les lieux de production et de consommation dans d’autres domaines. Il faut bien comprendre que ce modèle n’est possible qu’avec tout un arsenal, technologique, normatif, mais aussi en concevant de façon radicalement différente la notion de « produire et concevoir ». C’est la troisième révolution énergétique.

I. L.  LE DÉVELOPPEMENT  DURABLE  N’EST-IL  PAS  UNE  UTOPIE  DANS  LE CONTEXTE  DE  L’HYPERCONSOMMATION  MONDIALISÉE  ET  DE  LA  CRISE ÉCONOMIQUE  ET FINANCIERE ?

N. H. — Je pense qu’il faut poser la question autrement : le modèle d’aujourd’hui est-il durable ? Il faut être fou ou économiste pour penser que l’infini est possible dans un modèle fini. Nous vivons dans un monde de rareté : 90 % des matières premières vont s’épuiser au cours de ce siècle, si la course à la productivité se poursuit au rythme actuel, notamment dans des pays comme la Chine. La situation est intenable, le système actuel n’est plus viable. Le modèle économique va s’effondrer à cause de la raréfaction des ressources. Peut-être tiendra-t-il quelques décennies supplémentaires s’il est placé en réanimation artificielle, mais il s’écroulera de toute façon. Les Chinois l’ont compris : c’est la raison pour laquelle ils mènent en Afrique une diplomatie très agressive visant à mettre la main sur les terres arables et rares pour servir leur essor.

Le développement durable est la priorité des priorités. Car, si l’on ajoute au réchauffement climatique la pauvreté et la raréfaction des ressources, aucun pays, aucune économie, aucune démocratie ne pourra résister. Le système actuel est une trajectoire sans issue. Il est du devoir des pays riches — car les autres n’ont pas les moyens de le faire — d’inventer un nouveau modèle tenant compte de la raréfaction de nos ressources. Un modèle basé sur l’économie circulaire, permettant une réutilisation à long terme des matières premières, qu’il faudrait ensuite donner aux pays émergents. Sinon, le principe de réalité nous rattrapera. Je ne suis pas le seul à le dire. La Banque mondiale, entre autres, considère que le réchauffement climatique est la principale menace qui pèse sur l’ensemble de l’économie mondiale et que ses effets commencent déjà à se faire ressentir au nord. Aux États-Unis, l’économie a déjà subi les effets de la cascade d’événements climatiques. Les militaires considèrent que la crise climatique pèse plus sur leur sécurité nationale que la menace terroriste. La crise économique et la crise écologique se superposent et se combinent. Il faut les mêmes outils pour les réguler et pour y répondre. Encore faudra-t-il redonner aux hommes politiques l’autorité et le pouvoir dont ils ont souvent été dépossédés par certains acteurs économiques pour qui l’intérêt général n’est pas forcément une priorité.

I. L. — AU MOIS DE JUIN DERNIER, VOUS VOUS ETES RENDU AU CAMEROUN, AU CONGO-BRAZZAVILLE,  AU GABON  ET EN RDC. QU’AVEZ-VOUS  CONSTATÉ DANS LES PAYS DU BASSIN DU CONGO ?

N. H. — L’objet de ce déplacement était d’enquêter sur la situation des éléphants de forêt, dont 60 % ont été abattus ou décimés en dix ans. La raison principale de ce drame se trouve en Chine : avec l’augmentation de la classe moyenne chinoise, la consommation d’ivoire, une matière considérée comme un signe de réussite sociale, a été démultipliée. Le braconnage de l’ivoire a donc augmenté en Afrique centrale, jusqu’à devenir aujourd’hui, avec le trafic des armes et de la drogue, la principale activité criminelle de la région. Ce commerce illicite exercé par des bandes armées qui n’hésitent pas à tuer les gardes forestiers, déstabilise tous les pays d’Afrique. La situation est si dramatique que le sort des éléphants pourrait bien être réglé dans cinq ou dix ans. Mais elle ne provoque pas de réelle émotion dans la communauté internationale.

Le sujet est pourtant crucial : pour des raisons éthiques, économiques et scientifiques. Si nous ne sommes pas capables de protéger les éléphants d’Afrique, des pans entiers de biodiversité pourraient disparaître. D’abord, si nous échouons sur des animaux aussi emblématiques, pourquoi réussirions-nous à protéger des espèces plus ordinaires mais tout aussi essentielles aux grands équilibres naturels et donc à l’avenir de l’homme ? Les mesures de protection ou de préservation que l’on doit mettre en place pour sauver les éléphants profiteront à d’autres espèces menacées comme les grands singes par exemple. Mais, pour protéger les éléphants de forêts, il faut également lutter de manière radicale contre la déforestation illégale et cela, évidemment, bénéficie à un gigantesque écosystème.

Cette spirale infernale concerne tout le monde. Mais les pays d’Afrique ne peuvent pas lutter seuls. Il y a sur le terrain un sentiment général d’impunité, des problèmes de mal gouvernance et de corruption. En Afrique, les industriels ont maintenant des règles environnementales et sociales louables. Mais la Chine s’en exonère souvent. Il faudrait que la Chine et l’Afrique instaurent des relations plus équitables, car si l’Afrique a besoin de la Chine pour assurer son développement, la Chine a davantage encore besoin de l’Afrique. Il serait dommage qu’au moment où l’Europe s’efface du continent et convertit les dettes qu’elle avait envers lui, l’Afrique reproduise les mêmes erreurs en se liant pieds et mains avec la Chine. L’Afrique a permis à l’Occident d’émerger. Maintenant elle sert au développement de la Chine.

Les Africains sont en position de force pour imposer des règles communes et strictes à tout le monde, y compris aux pays asiatiques. Il faut aussi un partage équitable des richesses produites. Un système de juste échange doit succéder à l’exploitation.

I. L. — QUELS SONT LES RISQUES DU CHANGEMENT  CLIMATIQUE  POUR L’AFRIQUE, Y COMPRIS LES RISQUES ÉCONOMIQUES  ET SOCIAUX ?

N. H. — Ils sont déjà visibles et palpables. Au Cameroun, par exemple, certains déplacements de populations venues du Tchad sont directement imputables au réchauffement. Chacun sait aussi que les changements climatiques ont aggravé la crise du Darfour. Le climat, de manière générale, participe à l’instabilité dans la région. C’est injuste : ce sont les pays riches qui sont responsables de la situation et c’est d’abord l’Afrique qui en subit les conséquences…

I. L. — LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE  DU CONGO, DENIS SASSOU N’GUESSO, ÉTAIT NON SEULEMENT  PORTE-PAROLE  DES ÉTATS AFRICAINS  DANS LE CADRE DU « CYCLE » RIO+20,•3 MAIS EST DEVENU UN DES DIRIGEANTS MONDIAUX  LES PLUS SOUCIEUX DE LA PROTECTION  DE NOTRE PLANETE. COMMENT APPRÉCIEZ-VOUS SON ACTION ET QUE POUVEZ-VOUS FAIRE POUR L’APPUYER ?

N. H. — En matière de trafic faunique, j’ai suggéré au Président Sassou N’Guesso de nommer un procureur spécial pour le trafic des éléphants et de lui donner les moyens de résister aux pressions et de faire appliquer la loi. Mais, la lutte contre la déforestation et les trafics d’espèces sauvages dépasse largement les possibilités d’un pays, si volontaire soit-il. Pour lutter contre le braconnage, il faut quasiment des équipements militaires. Or, les moyens des pays africains en ce domaine sont insuffisants. Ils ne pourront pas y aller seuls. Il faut les aider dans le renseignement, la formation, la surveillance, coordonner nos moyens policiers et juridiques. Mettre plus d’hommes dans le contrôle du trafic des espèces menacées. Négocier et dialoguer avec les pays destinataires de ces trafics. Il faut aussi que les bailleurs de fonds du Nord fassent pression pour une meilleure gouvernance. Pour le reste, et notamment la lutte contre les changements climatiques et la déforestation, il faut prioritairement que la communauté internationale tienne ses engagements financiers, notamment ceux qui ont été pris à Copenhague, pour aider l’Afrique. Il faut rétablir la confiance.

I. L. — NOUS ATTENDONS AVEC IMPATIENCE LA PROCHAINE SORTIE DE VOTRE AUTOBIOGRAPHIE, INITIALEMENT  INTITULÉE  MILLE VIES EN UNE ; CE TITRE RESTERA, SANS DOUTE, L’ESPRIT DE VOTRE TÉMOIGNAGE. N’AVEZ-VOUS PAS DÉBUTÉ COMME REPORTER-PHOTOGRAPHE COUVRANT L’AFRIQUE DU SUD ? COMBIEN DE CES VIES ÉTAIENT-ELLES  AFRICAINES  ?

N. H. — Il s’agit plutôt d’une mise au point que je me devais de faire vis-à-vis de tous ceux qui ont suivi mon engagement depuis le début. J’ai voulu expliquer pourquoi je me suis déclaré candidat un beau matin… L’idée ne m’est pas venue en trois mois. Les choses sont plus complexes qu’elles ne le paraissent. J’ai voulu expliquer l’origine des choses, le passage d’Ushuaïa au combat que je mène aujourd’hui à l’Elysée.

Émotionnellement, j’ai toujours dit que j’étais né en Afrique. C’est en Afrique que j’ai fait mes plus belles rencontres humaines, mes expériences sensorielles les plus importantes. J’ai avec l’Afrique une complicité affective et sensorielle innée. Je ne peux pas expliquer pourquoi.

J’ai passé en Afrique plusieurs années de ma vie. L’Afrique est un continent majeur, c’est là que la vie a commencé. Je sais que le sort des deux continents est lié. Et je n’oublie jamais que les pays du Nord, sans le Sud, sans la sueur et les ressources de l’Afrique, n’en seraient pas où ils en sont aujourd’hui. C’est nous qui avons une dette envers l’Afrique et pas le contraire.

I. L. — VOUS  AVEZ  DIT QUE  LA PERSONNE  QUI A LE PLUS  COMPTÉ  DANS VOTRE VIE EST NELSON MANDELA… QUE POUVEZ-VOUS AJOUTER POUR RENDRE HOMMAGE À « MADIBA » ?

N. H. — L’histoire produit rarement plusieurs hommes de cette envergure dans un même siècle. J’ai suivi Mandela lorsque j’étais jeune reporter, à une époque où personne n’aurait cru à une issue favorable de la situation en Afrique du Sud. Mais la force, la beauté et la bonté d’un homme, aidé dans un deuxième temps par l’intelligence d’un autre homme, Frederik de Klerk, ont permis à ce pays d’éviter le pire.

La capacité de Mandela à transformer une profonde injustice en une vision pour l’humanité fut unique. Il manquera au XXIe siècle. Nous avons cruellement besoin de ce type d’hommes aujourd’hui, c’est même ce qui nous fait défaut. Je l’ai rencontré deux fois, dont une en tête à tête. Ce fut l’un des morceaux de vie les plus forts que j’ai connus. Je ne me suis jamais senti aussi petit face à un être humain. Mandela, c’est un homme qui vous réconcilie définitivement avec l’humain.

Nicolas Hulot,
2013-10-28
LE NOUVEL ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE AFRICAIN
 
  Notes    
•1  Conférence de Copenhague sur le climat en décembre 2009.
•2 GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
•3 Conférence des Nations Unies sur le développement durable, juin 2012.
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