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L’Afrique subsaharienne doit redéfinir ses stratégies d’industrialisation

L’industrialisation définie avec des méthodes responsables peut jouer un rôle essentiel dans l’accélération du développement et dans le recul de la pauvreté en Afrique Subsaharienne.

L’Afrique subsaharienne est à un tournant décisif de son histoire. Malgré la remarquable croissance qu’elle enregistre depuis 2000, cela n’a malheureusement pas permis de créer assez d’emplois ou encore d’entraîner un développement social suffisant pour permettre à des millions d’Africains de sortir de la pauvreté. Conscients de cette réalité, les politiques, les organismes internationaux et la société civile multiplient les actions afin que cette transformation économique réponde efficacement aux besoins et aux priorités des Africains.

Fort heureusement, les choses s’améliorent… mais très lentement au regard d’une évolution démographique galopante et tout ce que celle-ci implique. Il est important de noter qu’en Afrique subsaharienne, plus de la moitié de la population a moins de 25 ans; et au cours de la prochaine décennie, environ 11 millions de jeunes Africains devraient chaque année faire leur entrée sur le marché du travail.

Face à ces défis, les promesses de l’industrialisation ne sont pas nouvelles. Mais comment réussir cette transition sans commettre les mêmes erreurs qu’hier ?

En effet, suite aux chocs pétroliers successifs et à l’apparition de l’endettement, à l’introduction des programmes d’ajustements structurels, les stratégies industrielles élaborées n’ont malheureusement pas porté les fruits escomptés. Pour répondre à cette préoccupation, l’industrialisation fondée sur les produits de base (agro-industrie) ou en lien avec les activités manufacturières (à forte intensité de main d’oeuvre) peut se présenter comme un élément de réponse non négligeable.

Voici quelques raisons majeures pour lesquelles la mise en place de nouvelles stratégies industrielles devrait être encouragée.

1) Pour une croissance, créatrice d’emplois

L’industrialisation définie avec des méthodes responsables peut jouer un rôle essentiel dans l’accélération du développement et dans le recul de la pauvreté.

Selon une étude du cabinet international de conseil McKinsey intitulé : « L’Afrique au travail : Création d’emplois et croissance inclusive », les secteurs de l’agriculture et de l’industrie (ici il s’agit principalement de l’agro-industrie et du secteur manufacturier) pourraient créer 29 millions d’emplois stables d’ici 2020. Pour y arriver, le continent devra continuer à lever certains obstacles à la création d’emplois. (Voir le point 2 pour le détail des obstacles)

Cependant dans le récent rapport de la Banque mondiale « Youth Employment in Sub-saharan Africa » , les auteurs trouvent quelque peu optimistes les prévisions de cette étude en comparaison à la leur. Ils se justifient en disant que l’équipe de McKinsey Globale Institute utilise des données de pays en développement en forte croissance et des marchés émergents des autres continents, au lieu d’utiliser des données et des projections spécifiques à l’Afrique.

Au-delà des méthodes de calcul, le point ici est de comprendre et saisir les opportunités importantes de création d’emplois associées au développement responsable de l’agro-industrie et du secteur manufacturier en Afrique subsaharienne.

2) Pour favoriser sur le long terme, l’insertion des entreprises locales dans les chaînes de valeurs régionales et mondiales

L’insertion dans les chaines de valeurs aussi bien en amont qu’en aval (ici ce sera le plus souvent en amont) nécessite avant tout une plus grande compétitivité des entreprises locales, mais aussi une politique industrielle cohérente face aux obstacles qui s’opposent à l’essor de l’industrie en Afrique subsaharienne. Ci-dessous quelques actions qui pourront aider à la levée de ces obstacles :

>>Construire des infrastructures de qualité et renforcer la logistique commerciale.

>>Négocier les accords commerciaux de sorte qu’ils soient favorables aux stratégies industrielles préalablement définies.

>>Favoriser, par des mesures économiques ou par des décisions politiques si nécessaire, le développement d’un marché intra-africain.

>>Mettre en place un climat d’affaires favorable (démarches administratives moins complexes, accès aux services financiers, etc.)

>>Encourager les initiatives visant à améliorer l’éducation et à renforcer les compétences techniques du capital humain.

>>Continuer à faire de la question de l’intégration régionale une priorité.

>>Réussir une collaboration efficace entre le secteur public et le secteur privé.

3) Pour une économie résiliente et mieux adaptée aux aléas du réchauffement climatique

Un développement responsable des exportations de produits manufacturés pourrait non seulement favoriser la création d’emplois, mais par la même occasion réduire la dépendance à l’égard de la production et de l’exportation de produits de base non transformés.

Cette diversification est importante pour l’amélioration de la résilience de l’économie. En effet, la croissance en Afrique Subsaharienne reste très fragile, car fortement dépendante de facteurs exogènes tels que le cours des matières premières, les politiques d’aide, l’allègement de la dette, etc.

En réussissant à accroître la part de son économie tributaire d’activités moins sensibles au climat, le continent développe ainsi pour le bien-être des populations une « forme » d’adaptation au réchauffement climatique.

4) Pour une industrialisation intégrant une démarche éco-responsable

L’industrialisation en Afrique subsaharienne est encore au stade embryonnaire. De ce fait, le continent a l’avantage de pouvoir mettre en place dès la création des usines, des technologies à faible émission de carbone et surtout avec des pratiques respectueuses des populations et de l’environnement. Il est donc de la responsabilité des pouvoirs publics, de mettre en place une réglementation favorisant l’intégration du développement durable dans ses trois dimensions tout au long des projets industriels.

Ainsi, l’industrialisation en Afrique subsaharienne ne doit pas se résumer uniquement à des questions économiques, mais doit tenir compte des challenges sociaux et du rôle déterminant de l’environnement. Les stratégies industrielles spécifiques à chaque pays ne doivent pas se faire au détriment de l’agriculture. Ce sont deux secteurs qui peuvent parfaitement être complémentaires. Les pouvoirs publics africains devront veiller cependant à ce que l’homme reste au coeur du système.

Pour éviter de reproduire certaines catastrophes industrielles, la sécurité des individus, l’amélioration continue des conditions de travail, le respect des droits fondamentaux et de l’environnement devront prévaloir sur toutes considérations économiques dans l’élaboration de ces nouvelles stratégies industrielles.

Guy Stéphane DAGO


Article publié précédemment dans le Cercle Les Echos et sur Nextafrique.

 

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